En décembre 1944, au retour d’une mission effectuée en Espagne pour le compte de l’OJC, il est de nouveau arrêté en Cerdagne et emprisonné à Gérone et à Barcelone jusqu'en 1945. Après sa sortie de prison, il revint en France où il essaya d'organiser un réseau de combat contre le régime franquiste qui avait le soutien du gouvernement en exil de la République espagnole. Mais finalement, en 1948, le financement légal promis n’arrivant pas et devant les dissensions autour de ce mode d'action, le projet fut abandonné.

Commença alors sont troisième et dernier exil, cette fois au Venezuela, où il a continué à travailler pour la réunification confédérale et la lutte contre Franco. Il rencontre García Oliver et Octavio Alberola, alors exilés au Mexique, mais la distance qui les séparait était trop grande pour mener à bien leurs projets. Finalement ces deux derniers déménagèrent à Paris où ensemble, avec Cipriano Mera et d'autres compagnons, ils fondèrent à la demande du Mouvement Libertaire espagnol en Exil (CNT-AIT, FIJL et FAI) la « Defensa interior », groupe armé antifranquiste d’idéologie anarcosyndicaliste, qui va mener des actions de guerillas et de maquis en Espagne dans les années 60.

La vie militante de Floréal fut très intense et avec son départ, c’est l’un des meilleurs témoins de l’histoire de la CNT-AIT qui a vécu ses moments les plus aigus et intenses, les meilleurs (la révolution) comme les pires (la guerre et la répression). La lutte pour ses idéaux l’a conduit à lutter contre le fascisme en Espagne et en France dans la résistance, ce qui lui vaudra d’être décorée par le pays voisin, en 2001.

 

Humainement, parmi ceux qui l’ont connu personnellement, nous retiendrons les mots de Xavier Montanyà, qui nous ont servi à écrire ce mémorial :  Homme aux idées fermes, intelligent, constant et rigoureux, sans peur du risque, lutteur né, activiste clandestin,  Floréal était  un homme fraternel, discret, mais aussi réservé, qui mesurait bien ses paroles. Ce fut un des grands hommes de la lutte antifasciste.»

A toujours, Floréal.

Des compagnons de la CNT-AIT de Barcelone et de Toulouse
=================

Mai 1944 : le sauvetage périlleux des 60 membres de l'Organisation Juive de Combat

L’aventure de cette caravane de Juifs perdus dans les Pyrénées est l’une des histoires les plus impressionnantes que je connaisse au sujet des réseaux d’évasion de la Seconde Guerre mondiale. Je résume l'odyssée, telle que me l’a expliqué Floreal Barberà.
Il n'avait alors que vingt-trois ans. Alors qu’il était poursuivi par la Gestapo, Mme Cassagnavére, directrice de la Croix-Rouge de Toulouse, lui offrit deux possibilités: soit partir se cacher dans un couvent trappiste, soit participer à une mission de franchissement clandestin de la frontière avec l'Espagne. Il choisit le second. C'était une aventure et cela pourrait faciliter ses recherches pour retrouver son frère – qui était alors emprisonné à Barcelone parce qu’antifasciste – pour essayer de le ramener en France.
L'Organisation Juive de Combat (OJC)  avait organisé une expédition de combattants juifs qui fuyaient les les nazis. Floreal avait pour mission de protéger la vie d'un certain Dika. Il ne le savait pas, mais Dika était le pseudonyme du Capitaine Jules Jefroykin, fondateur de l'OJC et très recherché par les nasis et leurs valets vichystes. "En cas de confrontation avec les nazis dans la montagne, vous devrez abandonner tout le monde et vous sauverez tous les deux. Dika ne peut pas tomber en vie entre les mains des Allemands. "Tel était l'ordre secret reçu par Floreal Barberà, qui compris clairement qu'il ne pouvait pas non plus se faire prendre vivant.
Le réseau organisa clandestinement tous les déplacement des participants de l'expédition pour les rassembler sur différents itinéraires en direction de la montagne, près de Saint-Girons (Ariège). Là y attendait Dika et le reste de l'expédition: deux guides français et soixante-deux personnes, dont cinq filles et quelques hommes âgés. L'un était le beau-père de Dika. Un peu de nourriture et quelques mitraillettes furent réparties : «aussi peu d'armes pour autant de gens», pensa Barberà, équipé d’un pistolet mitrailleur Sten et qui portait par ailleurs son pistolet Beretta.
Ils marchèrent de nuit, en petits groupes. Au sommet de la montagne, les guides furent payés et, après qu’ils aient donné des instructions au groupe, ils l’abandonnèrent. En fait, ils les trahirent. Ils les laissèrent seuls, sans carte ni boussole. C'était le principe de la trahison. Ils leur avaient dit de se rendre à Esterri d'Àneu, où les attendaient un contact de l'organisation. Suivant les instructions des guides, ils commencèrent à marcher, mais au bout de quelques heures, Barberà commença à avoir des soupçons : il avait l'impression qu'ils tournaient en cercle et que leur route ne les conduisait pas en Espagne. Alors Dika, que Floéal avait alerté, lui ordonna de prendre le commandement. Ils reprirent leur route mais sans direction particulière, ne connaissant pas la montagne.
Ils rencontrèrent un berger qui leur indiqua que leurs pas les ramenaient en France et que, dans la forêt devant eux se trouvaient des Allemands. Ils reculèrent rapidement, mais le brouillard se leva et les Allemands commencèrent à tirer. Ils leurs répondirent sans cesser de courir. Ils revinrent à leur point de départ où ils purent se réfugier dans une cabane en bois. Cette nuit-là, il n’arrêta pas de neiger. Dans le sombre profond de la nuit, Barberà ne pouvait pas dormir : s'il suivait les ordres, il devait quitter le groupe et s’en aller avec Dika. Finalement, il décida de n’abandonner personne, même si cela aurait été plus facile. Il a choisi de désobéir aux ordres.
S’ensuivirent des heures de forte tension. Floreal Barberà supposa que les nazis ne tireraient plus parce qu'ils voulaient capturer Dika vivant. Ne sachant pas pas quelle direction prendre, ils décidèrent de partir à l’opposé de celle indiquée par des guides perfides. Ils gravirent des montagnes très difficiles, marchant pendant des heures et des heures, avec parfois de la neige jusqu’à la taille. Ils étaient perdus Certains tombèrent dans la montagne et il fallait retourner les chercher. Le beau-père de Dika décéda le lendemain. Certains voulurent l’enterrer et prier, mais Barberà s'y opposa. Leur mission était de sauver les vivants, pas d'enterrer les morts.
En fait, ils n'ont jamais su où ils étaient, m'a-t-il avoué. Ils savaient seulement qu'il dallait partir vers le sud. Le découragement faisait rage. Il y avait des blessés, ils avaient faim, soif, certains avaient des crises d'hystérie, ils mangeaient la neige qui leur brûla la bouche. Ils durent les faire taire en les menaçant de leurs armes pointées, car les allemands auraient pu les entendre. C'était inutile, la nervosité les gagnait parfois. Floreal forma alors un petit groupe des plus endurcis pour tenter de trouver le bon chemin. L’un d’entre eux mourra en tombant dans un ravin. C'était la deuxième mort de l’expédition.
Il faisait très froid, il y avait beaucoup de neige. Dika tomba, Floreal le porta. À un moment donné, l'homme déclara: «Je n’en peux plus. Retournons-en, revenons en France et livrons nous à la police française ». mais Floreal le persuada que l'Espagne se trouvait derrière la prochaine chaîne de montagnes. « Vous êtes le Chef; mais le chef du convoi, c'est moi. Ici personne ne se rend. Donnez moi votre confiance Nous allons nous en sortir. Comment ? Je ne sais pas Mais nous allons réussir.", répondit Floreal Barberà. Et le lendemain, après beaucoup de dangers et de souffrance, ils réussirent.
Après un bref séjour à la prison de Lleida, Dika et Floreal Barberà furent libérés. L’American Jpint Distribution Commmitee (qui s’occupait de récupérer en Espagne les personnes qui fuyaient la persécution nazi) avait très bien tout organisé. Barberà disposait d’un passeport français, au nom de François Buhler. Il aurait pu partir en Afrique du Nord avec le reste de l'expédition, mais il refusa. Il voulait retrouver son frère et fuir avec lui vers l'État français.
En juillet 44, il fut arrêté en Cerdagne alors qu'il effectuait une autre mission. Il fut emprisonné à Gérone et à Barcelone jusqu’à Noël 1945, et son son frère jusqu’à 1946.
En 1957, Jules Jefroykin rencontra à Paris Floreal Barberà et son épouse. Le capitaine lui dit : «Si je suis en vie, c'est grâce votre mari. Mais j'ai aussi un mérite: celui de lui avoir fait confiance. »
Barberà ne revit jamais les autres membres de l'expédition.
Floreal Barbera, Joan Catala, Luis-Andres Edo, Xavier Montanya ; Debat sur le groupe Ponzan. Barcelone, 2000, Espai-Obert