FAIBLESSE DE L’ARGUMENT DEMOGRAPHIQUE

Martelé depuis des années par les médias, histoire de bien préparer l’opinion publique, c’est un argument démographique qui nous est présenté comme incontournable. Un bel exemple de pensée unique : « déséquilibres financiers très importants, en raison du vieillissement de la population française » peut-on lire sur le site de la Fonction publique, tandis que le Conseil d’Orientation des Retraites enfonce le clou : « les déficits annoncés résultent de la hausse de notre espérance de vie».

Un tel argument a pour lui d’être simple, « à la portée de tout le monde ». Présenté tel quel, il semble imparable : il y a de plus en plus de personnes âgées, donc, proportionnellement moins d’actifs pour « financer » chaque retraité. C’est MA-THE-MA-TI-QUE... nous répètent en boucle les présentateurs des chaines d’infos en continue, de BFM à LCI en passant par FranceInfo et Cnews. Sauf que C’EST FAUX !, tout simplement parce que la question démographique fait partie d’un ensemble économique et ne peut être comprise et traitée séparément de son contexte.



S’en tenir au seul argument démographique, c’est tout d’abord feindre ignorer que la productivité a sacrément augmenté : quand un tailleur (un métier typique des années 50, la fameuse époque où nous n’avions que 66 ans d’espérance de vie...) mettait plusieurs jours à fabriquer un seul costume, quelques dizaines d’ouvrières en sortent maintenant sur une chaîne des milliers en moins de 24 heures... autrement dit, il y a certes moins d’actifs pour chaque retraité, mais chaque actif produit beaucoup plus !

LES ACTIONNAIRES NOUS COUTENT UN POGNON DE DINGUE !

Deuxièmement, ne parler que de démographie en comparant la situation antérieure à l’actuelle, c’est faire comme si la répartition des richesses produites était restée stable entre ces deux périodes. Or, ce n’est pas du tout le cas. La proportion de la production (richesse) qui revient aux actifs (travailleurs) n’a cessé de baisser, celle des capitalistes (actionnaires) n’a cessé d’augmenter. En trente ans ces derniers ont pris plus de 10 % de toute la richesse produite, en plus de ce qu’ils prenaient déjà ! Rien qu’en 2018, les seuls actionnaires du CAC40 (les 40 plus grosses entreprises françaises) se sont accaparés 57 milliards d’Euros, autant qui n’ont pas été versés aux actifs ni aux retraités, soit plus de 13% de plus qu’en 2017 !

Si les capitalistes n’avaient pas pris une part croissante « du gâteau », si la proportion était restée ce qu’elle était en 1981, il n’y aurait pas de problème de financement des retraites, papy boom ou pas !

Enfin, la lecture en détail des rapports officiels révèle, par-ci par-là, des informations bien utiles. Ainsi, peut-on lire que si « l’ensemble des régimes de retraite et de chômage » est maintenant déficitaire, en un temps tout de même pas très lointain, « en 2008, ces régimes disposaient d’un excédent global de 4 milliards d’euros ». Que s’est-il passé entre temps ? La crise qui « leur a coûté environ 21 milliards en 2010 ». Et oui, « on » a bien trouvé de l’argent pour les banques, mais maintenant, ce même « on   » veut nous faire payer « le principal et les intérêts » !
Loin de découler, comme un long fleuve tranquille, d’une nécessité démographique, le « massacre des retraites » résulte clairement d’un choix cynique. A terme, l’objectif du pouvoir est de liquider TOUTES les retraites telles qu’elles sont aujourd’hui (et qui reposent sur une certaine solidarité) pour obliger tout un chacun à tenter de « protéger » sa future vieillesse en confiant sa retraite au privé, aux assureurs, au banquiers... qui ont amplement prouvé, aux USA par exemple, qu’ils « jouent » avec cet argent quitte à plumer totalement le dépositaire !
En 1981, 74 % de la richesse produite en France allait aux salariés. En 2009, cette proportion était tombée à 65 %. (Source : INSEE). C’est à ceux qui empochent la différence qu’il faut présenter la facture des retraites, pas aux salariés !
Léon