Le 3 octobre, les taxi - dont le prix fixé par décret n'a pas encore été révisé - ont donc appelé à la grève générale. ils ont été rejoints par tous ceux qui ne supportent plus la politique d'austérité du gouvernement actuel. Les manifestations du jeudi 3 et vendredi 4 octobre ont pris un caractère insurrectionnel à Quito, Cuenca et surtout Guayaquil, deuxième ville et poumon économique du pays.

Ces manifestations sont les premières depuis 15 ans, depuis l'arrivée au pouvoir de Correa (le précédent Président, populiste de gauche même si anti avortement et ami de Mélenchon) qui avait réussi à neutraliser toute opposition populaire soit en l'achetant (au sens propre du terme) soit en réduisant au silence par la répression ceux qui refusaient de se vendre.

Elle suscitent un grand espoir de reprise des luttes après l'anesthésie Correa, même si les partisans de ce dernier n'ont pas complètement dit leur dernier mot et essayer de dévier la lutte vers une orientation électoraliste, en essayant de pousser le mouvement à demander la destitution du Prusident (comme cela a été le cas pour les 3 présidents avatn Correa) et à la tenue d'élections présidentielles anticipée (elles sont prévues pour 2021).

Les communautés indiennes ont décidé de rejoindre le mouvement et ont décidées un grande marche depuis les montagnes sur Quito, le 9 octobre. Cela annonce certainement de nouveaux affrontements, ce qui explique que le gouvernement est parti se retrancher à Guayaquil, dans la plaine.

Le mouvement anarchiste en Equateur est assez dispersé, composé essentiellement de jeunes et d'étudiants, la plupart plutôt engagés dans des activités culturelles et musicales (scène anarchopunk), anarchoféministes (qui se sont signalées lors des récentes mobilisations pour l'avortement, même si le référendum à ce sujet a été perdu il y a quelques semaines), ... Pour la première fois, le 4 octobre, un petit "black bloc" s'est formé dans la manifestation qui a affronté la police.

les anarchistes doivent faire face à des groupes marxistes-léninistes / maoistes implantés de longue date et qui propagent leur idéologie mortifère, saturant l'espace contestataire antagoniste de slogans sur "le pouvoir populaire" qui n'est rien d'autre que leur souhait d'une dictature de leur Parti.

Parmi les différents petits groupes anarchistes, dans ce contexte difficile, les compagnons de la Solidaridad Anarquista Ecuatoriana (SAE) essaient de développer une approche libertaire à la fois cohérente et combative.

Ci-dessous leur Manifeste écrit le 5 octobre dernier. Et ensuite un point de vue d'un compagnon conducteur de taxi.

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Manifeste libertaire à propos de la crise en Équateur,
Solidarité anarchiste équatorienne (SAE) avec le peuple

Le pays connaît une période de convulsion comme n’en avait pas connu ni le gouvernement de Correa, ni le gouvernement actuel, celui de Lénine (sic) Moreno. Pendant ces deux gouvernements successifs, la situation du pays a été maquillée, situation aujourd’hui n’est plus soutenable.

La GREVE GENERALE (le PARO) s'est propagé comme un feu, s'organisant et s'unissant pour une cause commune.

 Nous sommes des frères qui pouvont faire l’histoire : ouvriers de la ville, paysannerie, indigènes, écho non-conforme des étudiants, chômeurs, vendeurs ambulants et tous ceux qui appartient à la classe populaire du pays.


Camarade, vous devez faire très attention à ne pas tomber dans les griffes opportunistes, ceux qui veulent vous utiliser comme de la chair à canon pour vous lancer contre l'armée et la police. Les partis politiques, Correistes(1), Sociaux-chrétiens, Religieux (Créo), Morenistes (2), veulent vous voir au premier rang pour que votre sang en coulant leur ouvre les portes du pouvoir.

 Prenons garde, compagnons, que si nous marchions, ce ne soit pas pour un parti politique. Nous luttons pour la justice, pour l'émancipation des travailleurs. Non seulement nous luttons contre le « paquet de mesures  demandées par le FMI (Paquetazo), mais également contre les politiques de résignation.



Que le feu du peuple ne se paye pas avec la salive jetée par les partis politiques. Le temps est venu pour ce pays de faire un saut évolutif et de lutter pour son émancipation.



Méfiez-vous des concessions, prenez garde de mettre une autre marionnette au pouvoir, même si elle prend pour nom « gouvernement démocratique du peuple », qui est en fait une dictature contre le prolétariat. Un autre Correa, un autre Moreno, un Lasso ou Nebot (3).

Partageons la lutte de rue et l'espoir avec chacun de nos frères et soeurs travailleurs qui se sont déclarés en GREVE (PARO). Il est temps de nous unir.

LA TERRE AU PAYSAN, LES MOYENS DE PRODUCTION AU PROLETARIAT, L’ÉDUCATION ET LA CULTURE LIBRE, DE QUALITÉ ET GRATUITE.

LE TEMPS DE LA JUSTICE SOCIALE EST VENU !

Solidaridad Anarquista Ecuatoriana (SAE)

(Flyer à imprimer, diffuser, partager, discuter)

(1) Correa : président populiste de gauche, grand ami de Mélenchon, qui a réprimé tous les mouvements sociaux pendant son règne soit en achetant le silence des leaders des organisations sociales et indigènes, soit en réprimant brutalement ceux qui refusaient la corruption.

(2) Lénine (c’est son prénom …) Moreno, actuel président de l’Equateur qui après avoir été un ami de Correa, s’est fait élire à sa suite. Il a mis en prison son vice-président (Glas) qui était un très proche de Correa et qui avait plus que trempé dans des scandales de corruption dans le cas notamment de l’affaire Odebrecht (comme Lula et tous les dirigeants latino américains de droite comme de gauche). Depuis s’est reconvertit en un politicien de c entre droit, qui pour complaire au FMI vient d’annoncer la fin des subventions sur le carburant et donc une augmentation de l’essence qui est à l’origine du mouvement de grève générale.

(3) Lasso et Nébot sont des politiciens équatoriens. Nébot est l'actuel maire de Guyaquil, première ville et poumon économique du pays. Il est bien placé dans les sondages pour les élections présidentielles de 2021, élections que les Correistes espèrent provoquer de façon anticipées avec le mouvement de grève, et chasser ainsi du pouvoir Lenin Moreno, comme les 3 autres présidents équatoriens avaient été chassés par la rue avant Correa.

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Les chauffeurs de taxi sont sur la première ligne du mouvement. Après une grève générale des chauffeurs de taxi les jeudi 3 et vendredi 4 octobre, les chefs des "Gremios" (corporations) des taxis de Quito ont négocié avec le gouvernement pour arrêter le mouvement. Les chefs des Gremios n'ont pas consulté la base, qui ne sait pas à quoi se rapportaient les négociations ni le résultat. la base n’est jamais consultée, c’est une simple chair à canon pour les chefs des Gremios, aussi corrompus que les hommes politiques et qui ont certainement été payés pour mettre fin à la grève.