A la déclaration de guerre en 1939 il est mobilisé et envoyé sur le front en Syrie. Démobilisé, de retour en France, il ne peut pas retourner à Bordeaux alors occupée par les Nazis et qui appliquaient la ségrégation raciale. Il gagne alors Marseille où il vécut chez Jean René Saulière alias André Arru. Avec d’autres compagnons français, russes, juifs, italiens, espagnols, ils forment le groupe libertaire international clandestin, se réunissant au quartier de Saint-Loup. Ils tiraient des tracts et des autocollants («on disait « papillons » à l’époque)  dès 1940 « avec Armand on commença à confectionner des papillons et des tracts tirés à la gélatine. On allait les glisser la nuit dans les boites aux lettres et les coller sur les poteaux de tramway ».

Comme couverture, ils utilisaient l’atelier de réparation de vélo créé par Arru. qui leur permettait de subvenir à leur besoin en toute indépendance, mais aussi d’héberger discrètement des réunions pour préparer tracts, affiches, papillons, etc. sans attirer l’attention. L'atelier servait également « d’officine de confection de faux papiers qui permettait une aide sérieuse à des camarades et non-camarades en difficulté avec les autorités françaises et occupantes. ». C’est grâce à Armand – qui faisait tourner l’atelier quand Arru partait en « tournée » pour renouer les liens entre les anarchistes du Sud et Sud Ouest de la France – que le réseau initié par Arru pû se mettre en place progressivement.

Après l’arrestation d’Arru en août 1943 à laquelle il échappa ayant été prévenu par des voisins, il participa notemment avec François Deluret et le militant espagnol Escolas à un projet d’évasion qui ne put être mené à bien.

Après guerre il fonda une école de danse, le Studio Colisée,  boulevard Dugommier.

 

 

A propos du salon de coiffure d’Aristide Lapeyre où Armand Maurasse travaillait dans les années 1930 , témmoignage d’André ARRU :

« Le « Salon » était la plaque tournante où se rencontraient des anarchistes de Bordeaux, du sud-ouest et d’ailleurs, lorsqu’ils avaient à prendre contact ou quelque chose à se communiquer, accessoirement ils s’y faisaient couper les cheveux car il s’agissait d’un salon de coiffure. Entre les deux guerres on y trouvait Aristide et Armand Maurasse, « un noir gigantesque » comme le décrivait La Petite Gironde lors de l’affaire de stérilisation.

La boutique était petite, la devanture simple, vitrée. Passée la porte, à droite, des chaises la plupart du temps occupées par des clients, compagnons et/ou amis qui attendaient, les uns pour passer sur l’un des fauteuils, les autres pour disparaître avec Aristide dans l’arrière boutique.

Face aux chaises d’attente les deux fauteuils, devant eux les meubles supportant les lavabos, étagères, placards et tout le nécessaire à l’art de la coiffure masculine. A l’extrémité de ce meuble, près de la vitrine, un petit monticule d’imprimés s’y trouvait et se renouvelait régulièrement : Le Libertaire, l’En-Dehors, La Patrie humaine, des tracts, des brochures, etc. Les visiteurs y puisaient à leur gré en posant quelque part le montant de l’acquis. Au fond du salon il y avait une arrière boutique, toute petite d’autant qu’elle était encombrée de journaux, livres, brochures, tracts, affiches qui s’empilaient le long des murs. C’était un lieu de conciliabules, c’est là sans doute qu’une partie de l’affaire de stérilisation s’organisa.

Le Salon ! Un lieu de communication chaleureux et discret où anars, sympas, connaissances ayant besoin de services personnels courants ou un peu en marge, y défilaient. La police aussi de temps en temps y surgissait. Ayant cru y trouver des bandits et y rencontrant des gens cultivés et amènes, elle en devint presque courtoise dans ses apparitions. Ce « Salon » aurait du être conservé par les anars bordelais et transformé en Musée, car ses murs suintaient plusieurs décennies de l’histoire de l’anarchie et des anarchistes.

C’est lors d’une visite au salon que je m’abonnai à La Révolte et c’est à cause de cet abonnement que je fus un jour convoqué par le commissariat de police de mon quartier. On voulait vérifier si je n’avais pas été opéré et « accessoirement » si « on » ne m’avait pas fait de propagande anti-conceptionnelle. Le flic qui m’interrogea voulut constater de visu que je n’avais pas été « châtré » – mais ne prit pas tout de même les choses en mains – et devant mon ignorance sur cette affaire, il me fit cette réflexion désabusée : « Naturellement VOUS NON PLUS ne savez rien » . Nous étions, en effet, des centaines comme ça à « ne rien savoir », mais moi c’était vrai. Je ne faisais pas encore partie du groupe et ne le fréquentais que par à-coups, j’étais passé à côté de l’information. Je le regrettais beaucoup.

Il y avait un autre aspect libertaire actif à Bordeaux, c’était l’anarcho-syndicalisme lié à la CGTSR-AITdont les membres se réunissaient à l’ancienne Bourse du Travail, rue de Lalande.Cette activité syndicale qui eut ses succès propres par des meetings et des manifestations qui rameutaient du monde, était en osmose avec le groupe anarchiste et nous militions pratiquement ensemble pour les choses importantes. Il en fut ainsi pour l’affaire des stérilisations. Il en fut de même lorsqu’il s’est agi d’apporter de l’aide à nos camarades d’Espagne de la CNT-FAI qui se battaient pour endiguer le fascisme franquiste."