Le terme de « civilisateurs » est une duperie tout juste bonne à faire rire les ânes les plus têtus ; l'histoire que vous avez écrite, oh, tristes sires, veut que les Maures d'Espagne qui allèrent jusqu'à Perpignan et même jusqu'à Poitiers et qui furent les constructeurs de l'Alhambra de Grenade soient les destructeurs de vos huttes sordides et fassent partie des pères de votre prétendue civilisation « française » ! Alors, fermez vos gueules et avouez que vous n'êtes que des sinistres pantins dénués de tout scrupule, des goujats sans cœur, esclaves du veau d'or, voleurs et assassins professionnels sans autres excuses.
Pour Hitler, la France était un pays sauvage qu'il fallait coûte que coûte civiliser. Pour Staline, la Pologne, la Bulgarie, la Tchécoslovaquie, etc ... sont des contrées arriérées qu'il faut également mettre à la raison... et le baratin « civilisation » suit son chemin au détriment des idiots qui s'ignorent et applaudissent.
Au pis aller, et pour faire plaisir à votre lamentable orgueil, admettons que vous êtes les civilisateurs de l'Afrique du Nord et ce, malgré les preuves irréfutables du contraire que j'ai apportées dans mes six articles précédents et le coup de grâce que j'assène dans le présent.
En 1830, l'Algérie fut conquise à la suite du refus par la France de payer une livraison de blé faite par le bey d'Alger, ce qui a valu au consul de France un coup de chasse-mouche... Je passe donc la plume à un représentant officiel du pays « civilisateur » qui mettra le nez dans leur m... aux canailles sans aveux :
Voici une lettre de I' adjudant-major Canrobert, datée du 1er janvier 1842 de Koliah.
« Nous venons de faire plusieurs razzias dans les montagnes du petit Atlas. Nous avons surpris de nuit une assez grande quantité de Kabyles et enlevé plusieurs troupeaux, des femmes, des enfants et des vieillards. Ces opérations qui, je dois l'avouer, sont d'une grande ressource pour les approvisionnements de l'armée, sont du point de vue militaire du plus fâcheux effet. Le soldat, mal ou pas surveillé, excité d'ailleurs par l'appât du pillage, se livre aux excès les plus grands qui vicient singulièrement son caractère. »
La citation de cette lettre est le commencement d'une série d'autres qui vont suivre, vieux cheval de bataille, j'entends prendre la défense de mes malheureux compatriotes opprimés, s'il le faut au prix de ma liberté et même de ma vie, sans aucune faiblesse et c'est avec une profonde émotion, j'en suis sûr, que les damnés d' outre-mer accueilleront le désintéressement total d'un humble représentant de la fédération anarchiste.

Mohamed SAIL. Article paru dans le Libertaire du vendredi 3 août 1951.