(Article publié initialement le 9 septembre 2009 dans Anarchosyndicalisme !, journal de la CNT-AIT)

Au moment ou nous écrivons ces lignes ( en septembre 2009 ...)  il y a déjà 23 morts par suicide - soit pratiquement autant, toujours à ce même moment, que la pandémie grippale pour toute la France, DOM-TOM compris  ! - à France Télécom. Il a fallu arriver à ce chiffre incroyable pour que les « hautes sphères » s’en émeuvent - ou fassent semblant de s’en émouvoir.

Mais présenté comme il l’est, on pourrait croire que le problème ne concerne que France Télécom, qu’il est du à une « spécificité » de l’entreprise. Certes, le passage du statut d’entreprise publique à celui d’entreprise privé a entraîné des changements radicaux dans la structure.

Mais là n’est pas la seule raison de ces suicides. Il en est une dont on parle beaucoup moins, mais qui a pourtant une importance bien plus grande : le mode de gestion des entreprises. Et là, c’est le système dans sa globalité qui est coupable, avec ses stratégies pour gagner «  toujours plus  ».

Le magazine Capital, qui est, comme son nom l’indique, consacré au pognon, apporte sans vergogne, aux cadres qui n’auraient pas encore bien compris, les explications de base pour « sauver leur bonus » [1] : « Demandez plus à votre équipe que ce que l’on attend de vous. Assurément, la mesure ne vous rendra pas populaire auprès de vos équipes, mais elle est d’une grande efficacité. Faites en sorte que la somme des objectifs personnels de vos collaborateurs soit supérieure à votre but à vous. Ainsi, même s’ils sous -performent, vous disposerez d’une marge de sécurité qui augmentera vos chances de préserver votre bonus ».

Ce passage, d’un cynisme incroyable, montre dans quel état d’esprit se trouvent les chefs par rapport à leurs subordonnés : ils n’ont plus à faire à des humains, mais à des générateurs de chiffres et de profits. Le capitalisme devient de plus en plus visiblement ce qu’il est essentiellement : un système d’exploitation et de négation de l’humain. Fini le paternalisme. Aujourd’hui, le chef, le cadre doit assurer son statut de salopard décomplexé. Le capital n’a pas de conscience. Le culte de la rentabilité se célèbre sur des tas de cadavres.